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Guyane
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Histoire et Généalogie des bagnes



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Le siècle des bagnes coloniaux (1852 - 1953)

Après la suppression progressive des galères sous Louis XV s'ouvre le temps des bagnes portuaires (Toulon, Rochefort, Brest) désormais voués à l'exécution de la peine des Travaux Forcés. Mais quelques décennies plus tard, dans les années 1840, se répand l'idée que la concentration de milliers de forçats regroupés dans quelques arsenaux est dangereuse pour la population civile, contagieuse pour les ouvriers libres et coûteuse pour l'Etat. Et à l'exemple des Anglais ayant déporté au XVIIIe siècle, des dizaines de milliers de Convicts vers leurs terres australiennes, Napoléon III décide, au début de son règne, de l'exil définitif de ceux (et de celles) qui bafouent gravement la loi. Après avoir hésité sur quelques horizons possibles, le choix se porte sur la Guyane que l'on espère développer grâce à l'afflux d'une main d'œuvre de réprouvés pouvant, de surcroît, trouver dans le travail, le rachat de leurs fautes.
Bien d'autres bagnes existèrent en France métropolitaine et dans ses colonies, citons ceux d'Anvers, de Biribi, de Brest, de Cherbourg, de Civitavecchia, Bagne de La Spezia, de Lorient, de Nice, de Nouvelle-Calédonie, de Poulo Condor, de Rochefort, de Tataouine, de Toulon, de l'île de Ré, du Havre, Le Rock du bagne, de Paramatta, d'Obock, du Gabon et le bagne de femmes.

La loi sur la relégation des récidivistes, promulguée le 27 mai 1885, a entraîné pendant près de soixante-six ans l'envoi au bagne de délinquants et de criminels récidivistes. De 1887 à 1953, 22 163 relégués subirent leur peine de relégation au sein des bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. De 1887 à 1897, près de 3 800 hommes et 470 femmes furent internés en Nouvelle-Calédonie et la Guyane reçut quant à elle de 1887 à 1953 près de 17 375 hommes et 519 femmes. Cette loi est la première inscription dans le code pénal français de la notion de "dangerosité". C'est effectivement des délinquants et des criminels récidivistes considérés comme dangereux que la loi cherche à atteindre en empêchant les crimes et les délits qu'ils seraient susceptibles de commettre à l'avenir. Néanmoins, cette mesure a essentiellement frappé des petits délinquants récidivistes condamnés pour des motifs de vol simple, de vagabondage et de rupture de ban. Elle demeure à ce titre une des lois les plus répressives et les plus sévères jamais contenues dans le code pénal français.

« L'Administration pénitentiaire, qui n'a pas pour mission de rendre heureux les hommes qui lui sont confiés, s'acquitte au-delà de toutes prévisions, au moins de cette partie de son programme. » écrit un relégué au ministre de la Justice en 1927, en introduction à une réclamation. Cette observation ironique est valable à son époque comme aux débuts du bagne, même si la situation du bagnard de 1930 est très différente de celle du condamné de 1852. La vie n'est pas la même non plus selon le territoire, elle est plus rude en Guyane qu'en Nouvelle-Calédonie, plus dure aussi pour les nouveaux arrivants que pour les « 1re classe ».

Les condamnés sont répartis en trois catégories : la première est celle des transportés ou condamnés de droit commun (plus de 50 000 condamnés aux travaux forcés envoyés en Guyane entre 1852 et 1938), la deuxième grande catégorie est celle des relégués (ou multi récidivistes de petits délits, la peine de la relégation, créée par la loi de 1885 équivalant à un exil perpétuel) et enfin la troisième catégorie est celle des déportés (ou condamnés politiques). A l'arrivée au bagne, les condamnés sont répartis dans les différents camps, suivant la catégorie à laquelle ils appartiennent. Ils sont aussi placés en fonction de leur profession car le fonctionnement du bagne repose sur le travail des condamnés : cuisiniers, boulangers, jardiniers, maçons, menuisiers, tailleurs, infirmiers, tous les corps de métier sont représentés.

En Guyane, le pénitencier le plus important est le Camp de la Transportation à Saint-Laurent-du-Maroni. La ville est également le site de la direction de l'administration pénitentiaire et de ses services administratifs, mais aussi de nombreux ateliers et de l'hôpital. Les condamnés les moins qualifiés ou jugés particulièrement dangereux sont affectés dans les camps agricoles et forestiers, parmi lesquels on peut citer les Roches de Kourou, la Montagne d'Argent, Passoura. Ils sont aussi employés à la construction des routes (dont la tristement célèbre route coloniale n°1, entre Cayenne et Saint-Laurent). Les « incorrigibles » sont internés dans un camp forestier, Charvein, et après 1909, au camp de Godeberg.

Les relégués sont regroupés à Saint-Jean-du-Maroni. Les infirmes sont classés « aux Impotents » et regroupés au camp des Hattes. Les lépreux sont isolés sur l'île Saint-Louis (sur le fleuve Maroni). Les Iles du Salut comptent trois îles : L'île du Diable, après avoir abrité des transportés puis des lépreux, est désaffectée puis, après la détention de Dreyfus (1895-1899), réservée aux condamnés politiques. L'île Royale est le lieu d'internement des condamnés les plus dangereux. On y trouve aussi un hôpital et des bâtiments administratifs. L'île Saint-Joseph est réservée à la réclusion et à l'asile d'aliénés.

En Nouvelle-Calédonie, les transportés sont internés sur l'Ile Nou, les déportés simples sur l'île des Pins, qui reçoit après 1885, les relégués. Les déportés en enceinte fortifiée sont internés sur la presqu'île Ducos, qui devient par la suite l'asile des impotents. Il existe des camps agricoles à Bourail, Pouembout, Dumbéa, Farino, La Foa, etc. Chaque pénitencier ou camp est dirigé par un commandant, assisté de surveillants militaires, nommés par le ministre des Colonies parmi les sous-officiers de l'armée de terre ou de la marine. Les condamnés sont encadrés par des contremaîtres choisis parmi les détenus et appelés « porte-clefs », qui sont les intermédiaires entre l'administration et leurs co-détenus et assistent les surveillants dans leur tâche de maintien de la discipline. Les manquements à la discipline relèvent de commissions disciplinaires. Les peines encourues sont la cellule et le cachot. Quant aux crimes et délits commis en cours de peine, ils sont jugés d'abord par des conseils de guerre puis, après 1889 par le Tribunal maritime spécial. Les peines infligées sont la réclusion cellulaire, les travaux forcés et la peine de mort pour les crimes de sang.

L'organisation du bagne est réglée par une multitude de textes : lois, décrets, arrêtés, circulaires, qui déterminent avec une précision minutieuse le moindre détail de la vie quotidienne : l'habillement, la nourriture, le travail, les punitions. A l'arrivée au bagne, les transportés sont répartis en trois classes, qui déterminent leur emploi au bagne. Ils commencent le plus souvent leur parcours à la 3ème classe, qui les désigne pour les emplois les plus pénibles (qu'on appelle la « fatigue »).

Les condamnés de la 2e classe peuvent être mis à la disposition des entreprises locales. Quand le condamné a accompli au moins la moitié de sa peine (et au moins dix ans pour les condamnés à perpétuité), il accède à la 1re classe et peut recevoir une concession, l'autorisation de faire venir sa famille, être engagé comme salarié chez un particulier (« engagiste ») et être proposé pour des remises de peine. Après trois ans à la 1re classe, il peut obtenir la libération avec astreinte à résidence (la « 4e 1re » dans le langage des condamnés). Sa survie dépend alors de sa capacité à trouver un travail rémunéré, dans une colonie où la main d'œuvre pénale quasiment gratuite représente une concurrence insurmontable.

Enfin, quand il a atteint la 4e catégorie 2e section, c'est-à-dire qu'il est libéré de l'obligation de résidence, le condamné est libre de rentrer en France, mais il reste un dernier obstacle important : depuis 1868, le voyage de retour est à sa charge ; il doit donc posséder l'argent du passage dans son pécule ou le recevoir de sa famille. Nombreux sont ceux qui meurent en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, faute d'avoir trouvé la somme nécessaire. Mais, mis à part l'impossible retour au pays, ce qui fait le plus rêver les condamnés et qui a aussi joué le plus grand rôle dans la mythologie du bagne, c'est l'évasion. Les récits de leurs innombrables tentatives d'évasion sont indissociables de l'histoire des bagnards. Bien peu réussissent vraiment la « belle », beaucoup disparaissent à jamais ou sont rattrapés et réintégrés au bagne où ils sont alors sévèrement punis. Les condamnations supplémentaires infligées pour ces tentatives d'évasion transforment dans les faits leur peine en condamnation à perpétuité et incitent ainsi à de nouvelles tentatives.

Les archives de l'Administration pénitentiaire coloniale, conservées aux Archives nationales d'outre-mer à Aix-en-Provence, sont la première source pour l'histoire des bagnes (voir sur ce site Les archives des bagnes). Ce fonds très riche comporte plus de 100 000 dossiers de condamnés passés par les bagnes de Guyane et de Nouvelle-Calédonie - dossiers individuels qui sont pratiquement la seule trace restant d'une multitude d'hommes dont ils permettent de reconstituer le parcours. Ces dossiers, soigneusement classés par l'Administration pénitentiaire, contiennent parfois des correspondances qui décrivent en détail la situation personnelle des condamnés, les événements qui les ont conduits au bagne et surtout leur vie là-bas.

Quelques informations très intéressantes puisées depuis : http://www.imagesplus.fr/LES-OMBRES-DU-BAGNE_a119.html
Entre 1852 et 1863 s'ouvrent divers camps :
Ilet la mère - Montagne d'Argent - Saint-Georges - Sainte-Marie - Sainte-Philippe - Saint-Augustin - Îlet Saint-Louis - Organabo - Saint-Pierre - Saint-Anne.
  • 1855 - Etablissement de pénitenciers flottants au large de CAYENNE (1855) KOUROU (1856)
  • 1856 - OUVERTURE du pénitencier de KOUROU
  • 1859 - OUVERTURE du camp de SAINT-JEAN-DU-MARONI
  • 1867 - Début de la construction du pénitencier de CAYENNE
  • 1867 - Décrêt supprimant la transportation D'EUROPÉENS en Guyane. Elle est maintenue pour les extra-métropolitains
  • 1868 - FERMETURE du camp de SAINT-JEAN-DU-MARONI (insalubrité)
  • 18-03-1880 - Décret érigeant SAINT-LAURENT-DU-MARONI en commune pénitentiaire Entrée de la Transportation, à Saint-Jean-du-Maroni..
  • 1883 - Les bagnes passent sous la tutelle du Ministère des Colonie
  • 1887 - REPRISE des convois D'EUROPÉENS vers la Guyane
  • 1887 - RÉOUVERTURE du camp de SAINT-JEAN-DU-MARONI pour la relégation collective
  • 04-10-1889 - Décret établissant un Tribunal maritime spécial (TMS). Le tribunal maritime spécial donnait sur la cour centrale du centre pénitencier de Cayenne. Il se composait d' une salle d'audience, d'une salle de délibération, du cabinet du commissaire, du rapporteur, du greffe, et le logement du surveillant attaché au greffe. Lui étaient adjoints, un logement pour le greffier, un logement pour deux surveillants et deux hangars servant de magasins. Fonctionnant de 1889 à 1893, il sera ensuite établi à Saint-Laurent-du-Maroni
  • 1896 - OUVERTURE du camp forestier de CHARVEIN, rattaché à Saint-Laurent-du Maroni
  • 1899 - OUVERTURE du NOUVEAU CAMP
  • 1899 - L'île SAINT-JOSEPH interne des condamnés par le TribunaL maritime spécial. Constitué de trois bâtiments de 152 cellules, pour réclusionnaires
  • 1906 - OUVERTURE du camp des MALGACHES, rattaché à Saint-Laurent-du-Maroni
  • 1909 - OUVERTURE du camp forestier de GODEBERT, rattaché à Saint-Laurent-du Maroni
  • 1925 : SUPPRESSION des bas-flancs, des fers, et du cachot Attribution des hamacs
  • 06-06-1930 - Création du territoire autonome de L'ININI . Il est placé sous la seule administration de Paris, par l'intermédiaire du Gouverneur.
  • 1931-1946 - Par décret du 22-01-1931, implantation de camps d'établissements pénitentiaires spéciaux (EPS) :
  • - Camp de CRIQUE-ANGUILLE
  • - Camp de la FORESTiÈRE
  • - Camp de SAUT-TIGRE
  • 17-05-1931 - Départ de Saïgon d'un convoi de 535 condamnés Vietnamiens. Voir ci-dessous :
  • 30-06-1931 - Arrivée à Cayenne, par le MARTINIÈRE, d'un convoi de 535 condamnés politiques et de droits communs vietnamiens, en provenance du bagne de Poulo-Condor et des maisons d'arrêt de Hanoï et de Saïgon. Ils seront ultérieurement transférés dans les E.P.S
  • 1931-Août. - OUVERTURE du Camp des Annamites, dit camp de CRIQUE ANGUILLE, à 45km à l'est de Cayenne. Interne, en août 1931, 395 déportés anamites. Sources divergentes pour sa fermeture. Certaines la fixent en 1938 (insalubrité), d'autres, en 1946 ou 1945.
  • Ruines du camp de CRIQUE ANGUILLE. Cellules pour réclusionnaires. Crique Anguille. Aujourd'hui, les touristes s'y baladent. Plaque en mémoire des condamnés Vietnamiens, sur le circuit balisé du chemin menant aujourd'hui à Crique-Anguille. « Suite au Soulèvement Général de Yen Bay du 10 février 1930, 535 condamnés Vienamiens, dont plusieurs nationalistes, sont déportés jusqu'ici. La Patrie est reconnaissante ». Le chemin de Crique-Anguille (excellent petit blog photographique) : http://psyenchemin.canalblog.com/archives/2009/05/05/13616435.html
  • Septembre 1931 - OUVERTURE du camp de la FORESTIÈRE, bagne des annamites (Apatou). Dépendant de Saint-Laurent-du-Maroni. 135 annamites déportés en 1931. Remplacé, en octobre 1934, par le camp de Saut-Tigre.
  • 1933 - OUVERTURE du camp de SAUT TIGRE (région de Cayenne). Interne 200 déportés Anamites. Effectif chargé de la mise en valeur du territoire autonome de l'Inini. Sources divergentes pour sa fermeture. Pour certaines, en 1939 (pour cause d' insalubrité), pour d'autres, en 1944. Ce camp internera les 3/5ème des condamnés indochinois.
  • 1933-Octobre - On dénombre 538 condamnés indochinois sur le territoire de l'Inini.
  • 17-06-1938 - Décret-loi abolissant la TRANSPORTATION en Guyane.
  • 22-06-1938 - DERNIER CONVOI pour la GUYANE. Départ de 666 relégués.
  • 1946 - FERMETURE du bagne de Guyane
  • 17-08-1946 - Arrivée à Marseille de 145 détenus libérés, en provenance de Guyane
  • 19-03-1946 - La Guyane devient un département (DOM).
  • 1953 - Les derniers condamnés - n'ayant pas terminé leur peine ils seront incarcérés à Fresnes - et les derniers libérés rentrent en métropole.
  • 1953 - Arrivée en métropole d'anciens bagnards de Guyane.
  • 1954 - Début du rapatriement des condamnés indochinois. il se poursuivra jusqu'en 1963.

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Catégories de bagnards

La déportation était infligée sous le second empire et la IIIe République, elle était réservée aux espions, activistes politiques et traîtres. Prisonniers politiques français, les déportés n'étaient pas astreints au travail. Ce n'était pas le cas des prisonniers originaires des colonies.

La transportation est applicable aux condamnés aux travaux forcés qui étaient 'transportés' dans une colonie pour effectuer leur peine. Elle s'assortissait du doublage : tout condamné à moins de 8 ans de travaux forcés devait, une fois sa peine effectuée, résider dans la colonie un temps égal à celui de sa condamnation: assigné à résidence. Après 1868, le voyage du retour vers la métropole ou Afrique du Nord restait à la charge du condamné, cependant, en raison du manque de travail dans la région, la plupart des libérés étaient très rarement en mesure de payer leur retour. Pour les condamnations aux travaux forcés supérieures à huit ans : après avoir effectué sa peine, le condamné était assigné à résidence sur la colonie pour le restant de sa vie. Les transportés se classaient en catégories :

transportés 1ère classe: condamnés aux travaux forcés.
transportés 2e classe: condamnés à la réclusion.
transportés 3e classe: 1re section: repris de justice en rupture de ban.
transportés 3e classe: 2e section: affiliés aux sociétés secrètes.
transportés 4e classe: 1re section : libérés tenus à résider en Guyane.
transportés 4e classe: 2e section: libérés astreints à résidence.

Les bons éléments des 3 premières catégories pouvaient être autorisés à travailler hors pénitenciers et camps, pour des particuliers ou l'administration. Ils pouvaient également recevoir une concession, puis, plus tard, une concession urbaine. les assignés, ils travaillaient pour des particuliers, y compris les fonctionnaires de l'administration pénitentiaire, qui percevait les salaires. La peine de relégation ne frappait aucun délit particulier. Il suffisait d'avoir été condamné plusieurs fois pour être relégué en Guyane. La relégation était toujours à vie. Il existe deux types de relégués :

les collectifs, vivant en camp, nourris et logés, astreints au travail, mais ne percevant que les 2/3 du salaire,
les individuels, disposant de ressources personnelles et ne subissant qu'un appel trimestriel.

Les transportés soumis au doublage Etaient concernés par cette catégorie, les condamnés par cour d'assise pour meurtre, vol à main armée, qui échappent à la peine de mort mais sont soumis aux travaux forcés. La loi de 1854 impose le terrible doublage qui oblige les condamnés à une peine inférieure à 8 ans à rester autant d'années en Guyane que ce temps de peine, et les condamnés à un temps plus long à rester jusqu'à leur mort sur la terre de bagne.

Ils arrivaient en Guyane pour accomplir des travaux forcés suite à un acte grave (vol à main armé, meurtre, vol qualifié, etc...). Ces forçats pouvaient être condamnés pour un temps déterminé ou à perpétuité. Il y a eu plus de 55 000 transportés, ils représentaient la catégorie de bagnards la plus importante. Le bagne ainsi que toute la ville de st Laurent ont été construits par les bagnards.

Les libérés Une fois sa peine achevé, le transporté devenait un transporté libéré. Libéré, il devait cependant rester en Guyane sous le contrôle de l'administration pénitentiaire. Pour une peine inférieure à 8 ans, il devait rester en guyane autant d'années que sa peine ; pour une peine supérieure à 8 ans, il restait en Guyane à vie. L'objectif était de peupler le département.

Les relégués Ils n'avaient pas commis de faute grave mais avaient récidivé. Ils n'étaient pas astreints aux travaux forcés. Si leur cas était jugé lourd, ils devaient travailler et étaient enfermés la nuit : c'était le camp de la relégation à St jean du Maroni. Les autres étaient libres avec l'autorisation de vivre dans la commune de leur choix. Il y eut près de 18 000 relégués. C'est le sort de ces bagnards qui émut le plus l'opinion publique. Ils étaient envoyés, après un temps de prison au bagne à vie, pour des délits souvent bien mineurs, mais parce qu'ils étaient récidivistes. Les multirécidivistes représentent la moitié des cas jugés vers 1875 ! Il suffisait par exemple d'avoir eu "4" condamnations à plus de 3 mois de prison pour vol, escroquerie, abus de confiance, outrage publique à la pudeur, vagabondage ou mendicite.

Les déportés Ils sont condamnés pour complot, espionnage, trahison, désertion ou faux-monnayage. Déportés simples, ou condamnés à être détenus en enceinte fortifiée, ils allaient soit en Nouvelle Calédonie, soit en Guyane comme Dreyfus à l'Île du Diable. Il s'agissait également de condamnés politiques pour espionnage, trahison, désertion ou faux monnayage, ils se divisaient en deux groupes : les déportés simples envoyés purger leur peine aux îles du salut (Îles Royale et St Joseph) et les déportés en enceinte fortifiée, comme le fut Dreyfus, enfermés sur l'Île du Diable. Quelques centaines d'hommes subirent ce sort.

L'assigné et le garçon de famille Les assignés sont des transportés de première classe loués par l'administration pénitentiaire à des particuliers. Cette place est très enviée par les forçats car elle assure à son titulaire une rémunération et l'assurance d'être nourri et logé par son employeur. Certains transportés sont par exemple comptables auprès de comptoirs commerciaux, d'autres sont placés comme domestiques chez des notables de la ville.
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Les différents camps pénitenciers

La Guyane se recouvre de pénitenciers mais après les coupes sombres connues dans la région de l'Oyapock où l'on compte jusqu'à 50% de mortalité, l'A.P. se replie sur le Maroni : Saint-Laurent, puis saint-Louis, Kourou, Organabo, Sainte-Marguerite. On ferme certains établissements, on en ouvre d'autres, on remet en services d'anciens bagnes : l'oncohérence la plus totale préside à l'action de Dame Pénitencière.
On ne parle que d'un seul bagne de la Guyane française mais il se compose de plusieurs camps et pénitenciers :

Bagne de Cayenne (Cayenne)
Fondé en 1863. Symbole du bagne pour beaucoup, Il était à l'origine constitué de trois baraquements nommés " Europe ", " Afrique " et " Asie ". Les occupants sont destinés aux travaux des services publics, ( assainissement des marais, travaux du port ) ou de particuliers. Cet établissement de quatre dortoirs comprenait 19 prisons, 77 cellules, une infirmerie, les cuisines et les habitations du personnel. Situé sur L'Anse de Chaton. L'Administration pénitentiaire installe ses locaux à la pointe Buzaré. Il est souvent considéré comme le bagne le moins pénible de Guyane car beaucoup de bagnards y travaillent comme domestiques auprès de l'administration, des commerçants et de la bourgeoisie cayennaise. Pourtant les bagnards de Cayenne ont aussi mené de lourds travaux d'assainissement. Ouvert de 1852 à 1946. Il reste encore Pointe Buzaré quelques bâtiments construits par l'Administration pénitentiaire.

Bagne des Îles du Salut (dépendantes de Cayenne)
En 1763 elles servent de refuge au survivants d'une tentative de colonisation de Kourou, Elles sont alors désignées sous le nom d'îles du Salut.
Ile du Diable : Gros rocher, qui après avoir servi de léproserie a été réservée aux détenus politiques, et est devenue célèbre pour avoir hébergé le capitaine Dreyfus d'avril 1895 à juin 1899, et l'enseigne de vaisseau Ullmo en 1908.
Ile Royale : Beaucoup plus grande que la précédente, réservée au condamnés ayant à subir les plus lourdes peines, possède d'importants bâtiments ainsi qu'un hôpital.
Ile St Joseph : Appelée aussi île du silence, car les condamnés n'avaient pas droit à la parole.

Bagne de Coswine
Camp forestier dépendant de St Laurent. Récolte de la gomme de l'arbre balata, et culture de cocotiers et bananes. Un des camps forestiers de l'Ouest, il a été fondé pour exploiter du balada, une gomme-résine fournie par un arbre. L'exploitation bat son plein pendant quinze ans jusqu'à ce que les réserves de balata soient épuisées. On tente alors, comme c'est généralement le cas dans les camps forestiers de l'Ouest, une mise en valeur agricole après l'épuisement des ressources forestières. Il reste des sous-bassements des logements de gardiens.

Bagne de l'Enfant perdu
Ilot au large de Cayenne disposant d'un phare et entretenu par trois bagnards y vivant seuls et ravitaillés toute les semaines. Il arriva que l'on oublie de ravitailler ces trois gardiens, l'un d'entre eux mourut de faim, et faute de combustible le phare cessa d'éclairer. Se croyant définitivement abandonnés les deux survivants, réussirent à gagner la terre ferme à bord d'un radeau de leur confection. Ils échouèrent près de Kourou ou ils furent accueillis par les gendarmes et arrêtés pour désertion de poste.

Bagne de Kourou (Les Roches)
Pénitencier à vocation agricole.

Bagne de Mana (ou bagne des femmes)
En 1858 est créé le bagne des femmes à Mana. Jusqu'à cette période, les femmes condamnées subissaient une peine différente des hommes. Elles n'étaient pas intégrées dans les bagnes, la peine était subie dans des quartiers de prison réservés. La déportation en Guyane était facultative, et uniquement à la demande des condamnées à condition d'avoir entre 25 et 35 ans. Cette disposition à n'en point douter était destinée à favoriser le peuplement de la Guyane. Elles avaient en effet la possibilité de se marier après avoir accompli un séjour minimum de 6 mois en Guyane. Ce privilège n'eut pas le résultat escompté. Seulement 517 femmes sont déportées en Guyane. Tout comme pendant leur voyage, à Mana, elles étaient surveillées et encadrées par des religieuses de la communauté des sœurs de St Joseph de Cluny.

Bagne de Saint-Laurent-du-Maroni
Le nom de St Laurent est donné à cette localité par Auguste Laurent Baudin Gouverneur de Guyane. Un Décret de 1880 a érigé cette localité en commune pénitentiaire. Les citoyens libres n'avaient pas droit de vote pour élire les administrateurs de la ville. Celle ci était dirigée par une commission municipale composée de personnalité appartenant à l'administration pénitentiaire et du commandant supérieur du Maroni.

Bagne de Saint-Jean-du-Maroni
Camp des relégués. Evacué en 1868 pour cause d'insalubrité, réouvert en 1887. En 1887, la loi sur la relégation est votée : les récidivistes, même pour de petits délits, peuvent être condamnés à la relégation, c’est-à-dire l’envoi dans des colonies pénitentiaies. C’est à St-Jean que les relégués sont regroupés. Aujourd’hui, les bâtiments du Camp de la Rélégation sont occupés par l’armée, mais l’association Meki Wi Libi Na Wan y organise des visites quotidiennes. Les lieux sont restés en bon état.

Camp Charvein (dit « Camp de la Mort »)
Camp Forestier dépendant de St Laurent, sur la route de St Laurent à Mana. Réservé aux incorrigibles. Le “camp de la mort”, “le camp des “Inco” : Charvein est resté dans la mémoire du bagne comme le pire des camps. Mais il est toujours simpliste d'associer une fonction unique à un camp. Charvein est d'abord un camp forestier, avec une scierie où une importante exploitation de bois est menée. Puis à partir de 1895, il devient le camp des “incorrigibles” où l'on envoie les forçats les plus insoumis. Cela cesse après 1925 et l'on y tente une mise en valeur agricole. Camp Crique Anguille (Montsinéry-Tonnegrande) ou Bagne des annamites
EPS. Etablissements pénitentiaires spécial. Hébergeant les condamnés en provenance d'Indochine. Fermé en 1938 pour raison sanitaire. S'y trouvaient aussi des opposants indochinois à la colonisation française. Créé en juin 1930 en même temps que le camp La Forestière et le Camp Saut du Tigre, ce camp ne dépend pas de l'administration pénitentiaire, mais directement du gouverneur de la Guyane. Originellement, le camp comprenait sept bâtiments en bois, la maison du chef de camp, des cachots et un réfectoire, tous construits par les premiers bagnards. Le but de ce camp (comme des deux autres créés en même temps) était de développer la région de l'Inini, alors entièrement recouverte de forêts. Les premières pistes sont tracées à partir de 1934. À partir de 1939, les détenus sont progressivement libérés à la fin de leur peine. Lors du déclenchement de la guerre en 1940, les tirailleurs sénégalais qui officient comme gardiens furent remplacés par des militaires guyanais. Le camp est définitivement fermé en 1945. Les Indochinois qui y sont encore sont graciés et s'installent dans la ville de Cayenne pour y fonder ce qui est encore aujourd'hui appelé le quartier chinois.

Camp de Carouabo
Camp d'élevage dépendant de Kourou.

Camp de Gourdonville ou Les Trois Carbets
Camp forestier environ 25 k de Kourou. Annexe des Roches à Kourou. On y exploite des bois merveilleux, mais dont on se sert peu. Le climat y est néfaste et l'endroit mal réputé. On y raconte qu'autrefois des surveillants en fête avaient assisté au supplice d'un bagnard incorrigible, ligoté sur un nid de fourmis rouges. Un commandant de pénitencier qui était allé à la chasse guidé par des Indiens Galibis raconte l'histoire suivante : après avoir marché deux heures sous la forêt, il aperçut au pied d'un grand hêtre moucheté, quelque chose, ou plutôt quelqu'un qui lui parut être un relégué assis et dormant ; il était reconnaissable à son costume de toile bleue ainsi qu'à son chapeau de paille de pandanus et à sa musette qui gisait à terre. S'étant approché, il vit. que le soi disant dormeur, adossé au tronc de l'arbre, était un cadavre, mais un cadavre décapité. Un objet blanc sur ses genoux repliés brillait au soleil. C'était son crâne que des myriades de fourmis achevaient de polir en dévorant les derniers lambeaux de chair qui y étaient encore attachés.

Camp de Guatémala
Camp dépendant de Kourou, où était pratiqué l'élevage.

Camp des Hattes
Camp agricole et d'élevage dépendant de St Laurent. Abandonné en 1868, il fut affecté en 1910 aux condamnés impotents, âgés, ou incurables. On y élève des boeufs dans les années 1860. Le camp est ensuite abandonné avant d'accueillir les malades incurables à partir de 1910.Aujourd'hui sur la commune de Awala-Yalimapo, à la pointe des Hattes, il reste des ruines de bâtiments en briques.

Camp du kilomètre Vingt Quatre
Chantiers exécutés dans le dessein d'établir une route entre Cayenne et Kourou. Lieu tristement célèbre par le nombre de morts que ces travaux ont engendrés.

Camp du kilomètre quarante


Camp de l'Îlet Saint Louis
Ilet situé en face de St Laurent sur le fleuve Maroni, qui abritait une léproserie. A ne pas confondre avec l'Ilot St Louis qui se proximité mais sur le fleuve Maroni. Sur l'îlot, des bagnards atteints de la lèpre furent parqués à partir de 1895. Au pénitencier St-Louis sur la rive, un cimetière de bagnards a été mis à jour en 2008 par des archéologues lors de fouilles préventives.

Camp de la Montagne d'Argent
Camp agricole de 180ha situé sur l'embouchure de l'Oyapock, évacué en 1864, réoccupé partiellement en 1886. Culture de caféiers et cacaoyers.

Camp de Saint Augustin
Camp agricole et forestier, sur la rivière Comté, abritant les libérés en cours de peine. Ce camp des débuts du bagne compte encore des vestiges perdus dans la végétation. Des prestataires touristiques de Cacao (Le Planeur Bleu, Quimbé Kio) organiseraient des sorties à la demande.

Camp de Sainte Anne
Chantier forestier dépendant de St Laurent. Affecté par la suite aux concessionnaires.

Camp de Sainte Marguerite
Chantier forestier dépendant de St Laurent.

Camp de Sainte Marie
Camp agricole et forestier, sur la rivière Comté. De ce camp qui se trouvait sur l'emplacement actuel du village de Cacao, il ne reste aujourd'hui plus rien. On sait qu'il accueillait des femmes bagnardes.

Camp de Saint Georges
Camp forestier et agricole situé sur l'Oyapock. A la suite d'une meurtrière épidémie de fièvre jaune, les condamnés Européens furent évacués et remplacés par des éléments Africains, qui subirent le même sort. Le camp de St-Georges connaît la même trajectoire que celui de la Montagne d'Argent : ouvert en 1854, il ferme dix ans plus tard. Il comptait une distillerie, produisant 4000 litres de tafia par mois. Il reste aujourd'hui quelques rares fondations dans le bourg.

Camp de Saint Jean
Dès leur arrivée, ils étaient divisés en 2 groupes : les transportés (suite à une condamnation de la Cour d'Assises) et les relégués. Les rélégués (des récidivistes ayant déjà purgé leur peine de prison en France. La relégation était une peine subsidiaire destinée à purger la France des vagabonds et des voyous récidivistes) étaient conduits directement au camp de Saint-Jean-du-Maroni à quelques km plus à l'Ouest de Saint-Laurent. Au camp de Saint Jean, il existait une salle qui était destinée à l'enfermement de ces relégués concernant notamment les multirécidivistes, lesquels étaient en attente de jugement auprès du Tribunal Maritime Spécial juridiction propre au territoire du Maroni.

Camp de Saint Maurice
Camp agricole dépendant de St Laurent ou était cultivé la canne à sucre.

Camp de Saint Philippe
Camp agricole et forestier, sur la rivière Comté. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’installation d’une colonie pénitentiaire en Guyane toucha également Roura. Des bagnes de Saint-Augustin à Cacao, de Sainte-Marie ou encore de Saint-Philippe sur la Comté.

Camp de Saint Pierre
Chantier forestier dépendant de St Laurent.

Camp de Sparouine
Camp forestier dépendant de St Laurent. Ce camp ne reste ouvert que deux ans tellement les fièvres y déciment surveillants et bagnards, de 1866 à 1868.

Camp des Malgaches
Camp, créé en 1870, dépendant de St Laurent, hébergeait les condamnés en provenance de Madagascar et Indochinois qui construisaient les routes et canaux d 'assainissement. Des condamnés malgaches y sont envoyés pour construire des canaux afin d'assainir St-Laurent-Du-Maroni et ses alentours, en proie aux fièvres. Si des Malgaches y travaillent effectivement les premières années, ils sont ensuite rejoint par d'autres condamnés coloniaux, puis européens. Après les travaux d'assainissement, le camp devient un chantier forestier. Il y reste un petit réseau de voies ferrées.

Camp d'Organabo


Camp Godebert
Camp Forestier dépendant de St Laurent. Hébergeait les condamnés chargés de la création de la route de St Laurent à mana. Le camp est créé en 1909 pour finaliser la voie ferrée reliant St-Laurent-du-Maroni à Charvein. A partir de 1918, une concession est donnée à un exploitant forestier privé, la Société forestière de la Guyane française. C'est la seule entreprise forestière privée sur le territoire de l'Administration pénitentiaire, qui lui confie officiellement deux cents bagnards pour exploiter à peu de frais la zone.

Camp La Forestière
EPS. Etablissement pénitentiaire spécial dépendant de St Laurent, sur le fleuve Maroni. Hébergeant les condamnés en provenance d'Indochine. Sur la commune d’Apatou, le Camp de la Forestière est un des trois camps dit “des Annamites”, car ils accueillaient des condamnés politiques indochinois. D’ailleurs, en 2011, pour les 80 ans de ce bagne une plaque commémorative y a été installée : “les gens du Vietnam sont éternellement reconnaissants pour les héros anonymes, luttant pour l’indépendance de la Patrie, exilés à perpétuité et ayant perdu âme et corps en cette terre”. Ouvert de 1931-1935. Il y reste de nombreux vestiges, notamment des piliers en briques.

Camp Saut du Tigre
EPS. Etablissement pénitentiaire spécial, sur la rive gauche du fleuve Sinnamary. Hébergeant les condamnés en provenance d'Indochine, chargés de la création de la route Cayenne St Laurent en passant par St Elie. Fermé en 1939 pour raison sanitaire déplorable, les condamnés Indochinois furent rapatriés dans leur pays d'origine. C’est le troisième camp des Annamites, où des condamnés indochinois furent envoyés. Avec le barrage de Petit-Saut, les ruines sont désormais sous l’eau. Ouvert de 1931-1938.

Nouveau Camp
Camp agricole destiné à la culture de la canne à sucre, entre Charvein et Godebert sur la route de St Laurent à Mana. Devint par la suite le camp des condamnés impotents et malades incurables.

Pénitencier de l'Îlet la Mère
Affecté à l'administration pénitentiaire, destiné initialement aux déportés politiques, évacué en 1875 à la suite d'une épidémie de fièvre jaune. Situé à 11 k au large de Cayenne. Des bagnards y sont envoyés dès les premières années du bagne en Guyane. Puis, cet îlot au large de Cayenne accueille les bagnards convalescents. Il y reste de nombreux vestiges du passage des forçats. Plusieurs prestateurs touristiques y mènent les visiteurs en pirogue de mer.

Pénitencier de Kourou (Kourou)
En face des Iles du Salut, le pénitencier de Kourou est installé sur la pointe des Roches, sur l'actuel emplacement de l'Hôtel des Roches. Le bagne de Kourou est destiné à la production agricole, avec la production d'huile de coco et une porcherie. Des camps forestiers sont installés aux alentours, Pariacabo, Léandre, les Trois Carbets… Ouvert de 1952 à 1945. Reste la “Tour Dreyfus” qui servait à communiquer avec les Iles du Salut, les ruines du four du bagne…

Pénitencier La Chimère
Pénitencier flottant qui a remplacé le Castor.

Pénitencier La Proserpine
Pénitencier flottant en rade du Larivot près de Cayenne. Hébergeait les condamnés employés à la construction d'un bassin de carénage.

Pénitencier La Truite
Pénitencier flottant en rade de Cayenne.

Pénitencier Loulette
Camp dépendant de St Laurent.

Pénitencier Léandre
Camp Agricole, à 13 kilomètres de Kourou.

Pénitencier Le Castor
Pénitencier flottant en rade de Kourou. Hébergeait les condamnés employés sur les chantiers de Kourou.

Pénitencier Le Gardien
Pénitencier flottant en rade de Cayenne. Servait de transit pour les condamnés en partance pour les camps de la rivière Comté.

Pénitencier Le Grondeur
Pénitencier flottant qui a remplacé le Gardien. Servit d'infirmerie.

Pénitencier Le Lorrain
Camp dépendant de St Laurent.

Pénitencier Nouveau Chantier
Camp forestier puis agricole dépendant de St Laurent.

Pénitencier Orapu
Camp forestier dépendant de Cayenne.

Pénitencier Passoura
Camp d'élevage et lieu de ravitaillement, dépendant de Kourou.

Pénitencier Pariacabo
Camp forestier et de culture vivrière, situé à 5kms au Sud Est de Kourou, au Sud de la montagne Carapa. Environ 200 ha, le camp de Pariacabo fournissait le bois de chauffage au camp de Kourou et aux îles du Salut. Il existait également un élevage de bovins d'environ 50 bêtes. Le camp de Pariacabo, dénommé autrefois le camp d'assouplissement. On y avait en effet réuni un jour deux cents fortes têtes pour la plupart apaches marseillais ou parisiens, remarqués par leur indiscipline et leur mauvaise volonté. Le climat et l'alimentation précaire, auxquels ils furent soumis en eurent facilement raison, puisque quatre d'entre eux seulement en purent revenir. C'est parmi eux que succomba un apache parisien, redouté bandit, dénommé Théo de Montparno.

Pénitencier de Remire
Camp dépendant de Cayenne, destiné à la réalisation des travaux d'adduction d'eau de la ville de Cayenne.

Pénitencier Roche Elisabeth
Camp d'élevage dépendant de Kourou.

Le Grand Voyage

Jusqu'en 1886, les convois de forçats étaient assurés par des frégates mixtes voile et vapeur de la Marine Nationale. Le bagne était situé dans l’Ile NOU en baie de NOUMEA. C'est d'ailleurs cette main-d’œuvre qui, dans une large mesure, est à l'origine de la prospection et de l’extraction du minerai de nickel. Vers 1880, les forçats travaillaient à la mine avec au pied un boulet retenu par une chaîne.

C'est en 1886 que la Compagnie Nantaise de Navigation à Vapeur fut déclarée adjudicataire pour ce trafic à la suite d'un appel d'offres lancé par le Ministère de la Marine et des Colonies (Il n'y avait qu'un seul ministère pour ces deux départements). Auparavant, la Nantaise s'était déjà trouvée en relations avec ce Ministère qui, en 1884 lui avait confié le rapatriement vers les Etablissements français de l'INDE, d’émigrants indiens disséminés aux Antilles, à la Guyane et au Vénézuela. Ce premier transport avait été réalisé par le "VILLE DE ST NAZAIRE". C'est avec le même navire que la Nantaise exécute son premier voyage de forçats (on disait alors des récidivistes).

L'embarquement a lieu sur rade de l’Ile d'AIX, le pénitencier se trouvant alors à ROCHEFORT. Le premier voyage s'effectue par le Cap de Bonne Espérance et Natal où le "VILLE DE ST NAZAIRE" complète ses soutes. Il atteint la NOUVELLE CALEDONIE en 65 jours, alors que les frégates mixtes mettaient 80 jours environ et devaient rentrer par le Cap Horn. Pour son premier transport, le "VILLE DE ST NAZAIRE" embarque 12 Officiers, 10 sous-Officiers et 50 hommes des Troupes de Marine; Parmi les Officiers, deux médecins-Capitaines, le plus ancien d'entre eux faisant fonction de commissaire du Gouvernement. Parmi les récidivistes, 300 hommes et 32 femmes Les femmes condamnées ont été envoyées à la NOUVELLE CALEDONIE jusque vers 1990. A son deuxième voyage, le "VILLE DE ST NAZAIRE" fait escale à ALGER pour y prendre des forçats algériens et il emprunte le Canal de SUEZ nouvellement ouvert.

En 1890, le navire se révélant de trop faible tonnage pour d'aussi longues traversées, la Nantaise fait l'acquisition du cargo anglais SIRDAR et le baptise "CALEDONIE". Les transformations sont faites à ST NAZAIRE. Le "VILLE DE ST NAZAIRE" comme le "CALEDONIE" étaient commandés par le Capitaine DANO, Capitaine au long-cours, très connu et estimé à NANTES. Le "CALEDONIE" l'ayant relevé vers le Bagne de l'Ile des Pins (L'Ile NOU devant NOUMEA), le "VILLE DE ST NAZAIRE" assure des transports de condamnés vers les Nouveaux Etablissements pénitenciers de la GUYANE. Les forçats y débarquaient aux Iles du Salut ou à St Laurent du Maroni, cependant que les relégués allaient à St Joseph du Maroni. Au retour de la NOUVELLE CALEDONIE ou de la GUYANE, les vapeurs assuraient un trafic commercial ordinaire. Le "CALEDONIE" commençait par relever vers SAIGON pour y charger du riz ou JAVA pour y prendre du sucre ou encore les INDES pour enlever des arachides.

Ce n'est que plus tard que la Société Le Nickel, exploitant les mines de nickel et de chrome put charger les navires sur place à destination du HAVRE ou de GLASGOW. Le "VILLE DE ST NAZAIRE" rentrait de la Guyane avec du sucre des Antilles ou du charbon américain. En Novembre 1893, le "CALEDONIE" qui avait chargé des marchandises à SAIGON prend 130 forçats annamites au bagne de Poulo-Condor (une île au large de la Cochinchine) et les transporte à Obock. Le Ministère des Colonies trouvant le "CALEDONIE" insuffisant, demande à la Nantaise de construire un plus grand navire. Ce sera le transport "LA LOIRE" dont la construction à ROUEN donne lieu à difficultés, car le chantier fait faillite. Le nouveau transport de 6.000 tonnes entre en service en 1902 et charge son premier contingent de condamnés à l’Ile d'Aix le 19 Décembre. L'année précédente, en 1901, l’Administration des Colonies avait cessé tout transport de forçats vers la NOUVELLE CALEDONIE et n'envoyait plus les condamnés que sur la GUYANE.

Entre deux transports de condamnés en 1903, "LA LOIRE" assure l'expédition de militaires de Marseille sur HAIPHONG et TAKOU. C'est l'époque de la Guerre des Boxers. Le service normal de "LA LOIRE" consistait autrement à faire deux voyages par an sur la GUYANE. Entre temps, il était désarmé à ST NAZAIRE. On étudia, mais on étudia seulement, un rapatriement de blessés et de prisonniers russes d'Extrême-Orient après la guerre russo-japonaise de 1905 et une expédition de sauvetage à DAKAR que ravageait la fièvre jaune. En 1912, la T.S.F. fut installée à bord de "LA LOIRE". C'était à l'époque une chose rare.

La guerre vient. En juin 1915, le navire est réquisitionné, et après avoir transporté des condamnés aux Iles du Salut, il va chercher des boeufs à Madagascar pour Marseille. Toujours sous réquisition, "LA LOIRE" va jusqu'en Mer Blanche, à Salonique et retourne à Madagascar pour y embarquer 2.000 hommes. En Septembre 1917, le transport embarque du riz à Saigon puis va chercher au Nord de la CHINE 2.000 coolies, mais le navire n'échappera pas au torpillage. Il est touché en sortant de PORT-SAID et se perdra en rade d’ABOUKIR. Heureusement, sauf un marin et un soldat tués par l'explosion, l'équipage et les passagers sont saufs.

Les transports de forçats reprendront seulement en Mai 1932. Le Ministère des Colonies cède à la Compagnie Nantaise de Navigation à Vapeur un navire pris aux Allemands qui est rebaptisé "MARTINIERE". Ce vapeur avait été construit en Angleterre en 1911 et battait pavillon anglais sous le nom d’"ARMANISTAN". Il fut ensuite vendu à une Compagnie Allemande qui l'appela "DUALA". Il avait une portée en lourd de 5.000 tonnes et fut choisi pour le transport des forçats en raison de son faible tirant d'eau qui lui permettait de remonter le fleuve Maroni jusqu'au pénitencier de ST LAURENT. Les transformations du navire en bagne flottant furent effectuées par l’Arsenal de LORIENT et achevées en Mai 1921. Son effectif se divisait ainsi: Equipage: Officiers et marins, 54 hommes Personnel de l'Administration: 2 médecins-capitaines, un chef de convoi, 2 infirmiers et environ 50 surveillants Forçats et relégués: 653

Le "MARTINIERE" transportait donc 750 à 760 hommes lorsqu'il était complet. A ses débuts, le "MARTINIERE" exécute six voyages consécutifs vers St LAURENT du MARONI, car il fallait décongestionner les Centrales de la Métropole et de l'Algérie, les transports ayant été interrompus pendant plus de six ans. Les voyages se sont ensuite effectués à une cadence normale d’un ou deux voyages par an, suivant les contingents. Certains étaient mixtes, les condamnés venaient pour les uns de l’Ile de RE, pour les autres de Maison Carrée près d'ALGER. Ceux qui venaient de l’Ile de RE embarquaient sur rade de LA PALLICE. Ils arrivaient de ST MARTIN DE RE sur des remorqueurs qui accostaient le transport. On distinguait les forçats coiffés du bonnet, des relégués qui portaient un chapeau de feutre mou.

L’Intendance Maritime se fournissait en chapeaux dans les magasins de ROCHEFORT qui en profitaient pour se débarrasser de leurs vieux stocks. Forme et couleur importaient peu. Le navire comportait huit cages soit deux par faux-pont. Chaque compartiment possédait des grilles avec double ouverture. Les plats étaient passés par un guichet. Un gardien assurait dans chaque cale la surveillance des deux bagnes tribord et bâbord. Les condamnés couchaient dans des hamacs accrochés aux barrots sous le pont principal. Ils disposaient d'un banc en boix fixé aux membrures. Certains jouissaient d'une relative liberté dans la journée, mais le soir ils devaient regagner le bagne et bien entendu le gardien en vérifiait la fermeture. De plus, et par sécurité, le second-capitaine avait la consigne d'effectuer un contre-verrouillage dispositif spécial placé sur le pont principal.

Lorsqu'il y avait des récalcitrants, la première punition était les fers: le patient était allongé sur le panneau du faux-pont et avait les pieds retenus dans des boucles. La deuxième punition était les cachots disciplinaires de dimensions réduites où le condamné n'avait même pas la possibilité de s'asseoir. Le "MARTINIERE" était en outre doté d'une rampe pouvant projeter de la vapeur. Lorsque l'ordre était troublé, il suffisait de fermer le panneau du pont supérieur et la chaleur qui se dégageait rapidement dans le faux-pont suffisait à rétablir le calme. Si ce moyen ne suffisait pas, le Commandant pouvait donner l'ordre d’ouvrir les vannes de vapeur, ce qui avait le don d'apaiser les plus turbulents.

Sur le "MARTINIERE", le cas s'est produit une seule fois, en 1938. Par contre, le navire disposait d'une infirmerie avec une vingtaine de lits métalliques. La nourriture était identique à celles des soldats avec un quart de vin par jour. En février 1931, le "MARTINIERE", après avoir débarqué un convoi à ST LAURENT du MARONI fait route vers SAIGON via Bonne Espérance pour prendre 500 condamnés de droit commun. Ils furent embarqués à SAIGON au Cap St Jacques et à l’Ile de POULO-CONDOR et dirigés sur CAYENNE. Un deuxième voyage avait été traité, mais ne fut pas exécuté. Le transport des condamnés prit fin au printemps 1939 et le "MARTINIERE" fut vendu à la Marine Nationale qui l'utilisa comme atelier pour l'entretien des sous-marins. Il était ancré dans l’Arsenal de LORIENT et c'est là qu'il fut bombardé pendant la guerre.

De mauvais esprits pourraient penser que le Ministère des Colonies s'était tourné vers la Nantaise pour ces transport de condamnés en raison de la réputation que notre port s'était acquise pendant la traite des Noirs. En fait, la Cie Nantaise de Navigation à Vapeur fut véritablement parmi les premiers armements français qui armèrent au long-cours avec des vapeurs et qui n'hésitèrent pas à se lancer dans l'aventure. La compétence de la Nantaise s'est trouvée reconnue et c'est pourquoi les Autorités lui confièrent des transports dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils n'étaient pas faciles. Au reste, NANTES ne fut pas un port plus négrier que les autres. Sa réputation vient surtout du fait qu’au 18ième siècle NANTES était le premier port de commerce français et qu’à cette époque, il était tout naturel de transporter des esclaves.

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