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Histoire et Généalogie Montagne Pelée



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L'histoire de la Montagne Pelée


C'est en 1635 que les premiers européens s'implantent en Martinique et notamment sur le site qui donnera naissance à la ville de Saint-Pierre. La Montagne Pelée vient de connaître une éruption avec mise en place d'un dôme dans le cratère sommital à partir duquel un certain nombre d'écoulements pyroclastiques se sont épanchés dans les vallées dont celle de la Rivière des Pères proche de Saint-Pierre. La végétation a été détruite sur une bonne partie des flancs du volcan et dans toute la zone sommitale, d'où probablement le nom de Montagne Pelée que les premiers habitants donnèrent à ce volcan.

Deux éruptions phréatiques (sans apport de magma à la surface) se produisent au 18ème et 19ème siècle. La première, en 1792, génère quelques explosions qui n'affectent que la zone sommitale du volcan et n'inquiètent en aucun cas les habitants du nord de l'île et encore moins ceux de Saint-Pierre. La seconde, en 1851, est précédée par une activité fumerollienne dans le cratère sommital de l'Etang Sec qui dure plusieurs mois. Lorsque les explosions phréatiques se produisent, elles sont plus violentes que celles de 1792, et deux ou trois d'entre elles provoquent des retombées de cendres sur les villes du Prêcheur, du Morne Rouge et de Saint-Pierre. Suite à l'éruption de 1851, l'activité fumerollienne se poursuit dans la zone sommitale, décline progressivement et disparaît totalement au bout de quatre années.

L'éruption de 1902-1905
On peut considérer que les premiers signes de réactivation de la Montagne Pelée se produisent dès 1889, avec l’apparition de fumerolles dans le cratère sommital de l’Etang Sec. Mais ce n’est qu’en 1900 et surtout au début de l’année 1902, que le nombre et l’intensité des fumerolles augmente régulièrement jusqu’au 23 avril 1902, quand la première explosion phréatique se produit (Lacroix, 1904; Chrétien et Brousse, 1990). De nombreuses explosions phréatiques se succèdent entraînant d’abondantes retombées de cendres sur le flanc ouest du volcan. Le 5 mai, le lac qui occupait le cratère sommital de l’Etang Sec se déverse, suite à la rupture de son barrage naturel, dans la vallée de la rivière blanche, emportant les cendres accumulées sur le flanc du volcan. Il produit un lahar qui engloutit la distillerie Guérin située à l’embouchure de la rivière et fait les 23 premières victimes de l’éruption. Dans la nuit du 5 au 6 juin, les incandescences au sommet du volcan témoignent de l’arrivée du magma à la surface. Un dôme de lave commence à s’édifier dans le cratère.

Le 8 mai, à 08h 02 du matin, une violente explosion se produit au sommet du volcan. Les témoignages principalement récoltés par Alfred Lacroix (Lacroix, 1904) et l’étude détaillée des dépôts (Boudon et Lajoie, 1989; Boudon et al., 1990; Bourdier et al., 1989; Lajoie et al., 1989) permet de reconstituer le phénomène éruptif. L’explosion est due à la conservation et la détente brutale d’une partie des gaz magmatiques contenus à l’intérieur du dôme et au sommet du conduit d’alimentation ; elle est donc superficielle. Elle se produit à la base du dôme et est dirigée latéralement vers le sud-ouest. La direction de l’explosion est due à l’existence d’une zone de faiblesse dans cette partie de l’édifice, à une orientation probablement oblique du conduit d’alimentation dans la zone sommitale et enfin à la présence d’une brèche profonde dans la partie ouest du cratère de l’Etang Sec.


La ville de Siant-Pierre avant et après l'éruption du 8 mai 1902
Tout ceci contribue à la direction latérale de l’explosion et la concentration de l’énergie dans cette direction. L’explosion se produit avec un angle d’ouverture très large, de l’ordre de 120°, et génère un écoulement pyroclastique - mélange de cendres, blocs et gaz - extrêmement dilué et turbulent, se déplaçant à très grande vitesse? de l’ordre de 120 à 150 m/s - et très destructeur. C’est ce que l’on a appelé une "nuée ardente péléenne". Il franchit les reliefs et atteint la ville de Saint-Pierre en moins d’une minute, tuant les 28 000 personnes présentes à l’exception de deux survivants. La hauteur de l’écoulement a pu être estimée, compte tenu de la limite des destructions sur les reliefs, à 190 m. La température de la nuée ardente, très basse, ne dépassait probablement pas 200 à 250°C, compte tenu de l’importante incorporation d’air dans l’écoulement. Les habitants sont tués par effets mécaniques mais surtout par brûlures et asphyxie par ingestion de gaz et cendres chaudes.

C’est un total de 7 nuées ardentes comparables qui se succèdent jusqu’au 30 août 1902 et qui atteignent la ville de Saint-Pierre. On peut citer celle du 20 mai, qui parachève la destruction de la ville - comme en témoignent les nombreux blocs des habitations pris dans les dépôts - celles du 26 mai, du 6 juin et du 30 août. Cette dernière, dirigée à la fois vers l’ouest et vers le sud, détruit une partie de la ville du Morne Rouge, augmentant de 1000 le nombre des victimes. Cette nuée ardente clôture la phase paroxysmale de l’éruption. Ce sont environ 30 000 personnes qui périssent.

L’activité volcanique se poursuit jusqu’au début de l’année 1905. La croissance du dôme de lave visqueuse est ponctuée de très nombreux écroulements de parties instables générant des écoulements pyroclastiques d’un autre type (écoulements de cendres et blocs appelés "nuées ardentes d’avalanches"), moins énergétiques que les précédents, qui s’écoulent dans la vallée de la Rivière Blanche la comblant partiellement. C’est au cours de cette période que s’érige au sommet du dôme la célèbre aiguille, piston de lave visqueuse, qui atteint une hauteur de 350 m avant de s’écrouler totalement (Lacroix, 1904). On peut considérer que son diamètre, d’une cinquantaine de mètres, correspond à celui du conduit d’alimentation.


L’éruption de 1929-1932
Après la crise de 1902-1904, une nouvelle manifestation éruptive intervient de 1929 à 1932. Ici encore, une importante activité phréatique précède l'arrivée du magma en surface. Lorsque ce dernier atteint le sommet du volcan, il édifie un nouveau dôme de lave visqueuse, à côté de celui de 1902. L'activité explosive, moins violente cette fois, ne génère aucune nuée ardente péléenne. Le dôme poursuit sa croissance et, devenu instable, il s'éboule régulièrement provoquant des nuées ardentes d'avalanches. Comme précédemment, elles s'écoulent dans la vallée de la rivière Blanche et finissent de la combler. Suite à cette éruption, la Montagne Pelée connaît une activité fumerollienne qui décline lentement. Les dernières fumerolles, localisées entre les deux dômes, disparaissent en 1970.


La Chronologie des évènements


Le 8 mai 1902, à 8h02 du matin, la ville de Saint-Pierre de la Martinique est détruite en quelques minutes par une nuée ardente. Le Capitaine de frégate Le Bris, commandant le Suchet, arrive à Saint-Pierre en fin de matinée ; il ne peut que constater le désastre et porter secours à une trentaine de marins sinistrés dans la rade. En fin de journée, il envoie en métropole le télégramme annonçant la destruction de la ville.

Saint-Pierre et la Montagne Pelée en 1902
En 1902, Saint-Pierre est une ville de 26 000 habitants, longue de plusieurs kilomètres et divisée en trois quartiers : le Fort, le Centre et le Mouillage. La plupart de ses maisons sont en pierre et elle a l'électricité, l'eau courante et le téléphone ; deux câbles télégraphiques sous-marins la relient aux îles voisines et un troisième à Fort-de-France. Elle possède aussi un tramway tiré par des chevaux, un jardin botanique et un théâtre. Aussi, bien que seconde après Fort-de-France sur le plan administratif, Saint-Pierre apparaît comme la capitale commerciale et culturelle de la Martinique ; on l'appelle Petit Paris ou la Perle des Antilles.

Le massif de la Montagne Pelée a la forme d'un cône régulier profondément entaillé par les rivières. Son sommet, en 1902, est occupé par une cuvette ovale rarement remplie d'eau : la caldeira de l'Etang Sec. Cette cuvette, d'environ 1000 m sur son grand axe, est entourée d'une muraille hérissée de crêtes, dont le Morne Lacroix qui culmine à 1351 m. Cette caldeira présente à l'aplomb des sources de la rivière Blanche, une échancrure, appelée barrage de l'Etang Sec où l'enceinte, de 150 à 200 m de haut, se réduit à 30 mètres.


Les phénomènes précurseurs
Réveil fumerollien au début de 1902. Après l'éruption de 1851, le volcan semble se réveiller au début de 1902. L'odeur d'œuf pourri de l'hydrogène sulfuré est perçue dans les habitations sur les pentes de la Pelée et dans les villages côtiers placés sous les alizés et au nord de la ville, comme Le Prêcheur et Sainte-Philomène. A partir de mars, cette odeur est quasi-permanente. Dans les maisons, l'argenterie noircit.

Le 10 avril, le curé de Sainte-Philomène, M. l'abbé Duffau, vint nous voir et nous dit : " Je ne sais ce que nous allons devenir ; nous sommes empestés par une odeur de soufre depuis quelque temps. La vie est insupportable chez nous. " (Lettre du 13 mai 1902 de Frère Fulbert)

Des fumerolles se sont ouvertes dans la caldeira de l'Etang Sec et aux sources des Rivières Claire et Blanche. Si elles incommodent et inquiètent les habitants concernés, à Saint-Pierre, le phénomène est à peine connu et les préoccupations sont autres. Un Pierrotin écrit : Nous sommes en pleine semaine électorale, c'est-à-dire que nous vivons sur un volcan au propre comme au figuré, car on prétend que notre vieux volcan a depuis quelque temps des velléités de se réveiller... (Lettre de Pierre Plissonneau du 22 avril 1902)


Jour J - 13 : Premières éruptions phréatiques et éruption du 25 avril
Le 23 avril, des secousses sismiques sont ressenties vers 8h du matin au Prêcheur et dans les environs. Le 24 au soir, des " masses de vapeur d'un blanc noir qui surgissaient des flancs de la montagne " (Journal Les Antilles du 26 avril 1902) sont observées aux sources de la Rivière Blanche.

Le vendredi 25 avril (jour J - 13 avant la catastrophe), l'éruption s'intensifie. Plusieurs explosions se produisent et projettent des cendres sur le même secteur situé sous les alizés et déjà atteint par les odeurs. Un panache de vapeur blanche qui semble s'élever des sources de la Rivière Blanche est visible depuis Saint-Pierre. L'on voyait tomber une pluie fine et blanche de cendres que le volcan vomissait et qui se répandait sur tout le quartier de la Grande Savane, de Grands-Fonds, de Bois-Lézard et du Gros Morne. Cette cendre était si abondante qu'à deux mètres de distance personne ne pouvait se reconnaître. (Lettre de Duno-Emile Josse du 25 avril 1902)

Ces phénomènes affolent les habitants du Prêcheur. A Saint-Pierre, la curiosité et l'insouciance dominent. Un journaliste écrit : La Montagne Pelée, voyant que les bonnes coutumes s'en allaient, a simplement voulu nous faire manger un poisson d'avril. (Chronique dans Les Antilles du 30 avril 1902). Le dimanche 27 avril, jour du premier tour des élections législatives, des excursions s'organisent et on constate que la caldeira de l'Etang Sec est remplie par une importante masse d'eau. De plus un déversement partiel de l'Etang Sec s'effectue en amont de la Rivière Blanche où il provoque une augmentation de débit.

Du 26 au 30 avril, l'activité semble se ralentir avant d'augmenter à nouveau le 1er et le 2 mai, des cendres atteignent à nouveau le secteur sous les alizés. Jusqu'à cette date, vendredi 2 mai (jour J - 6), l'éruption ressemble, par ses manifestations et son intensité, à celle de 1851 : fumerolles d'abord, puis éruptions phréatiques ne faisant intervenir que de la vapeur d'eau surchauffée par le magma encore en profondeur.


Jour J - 5 : L'éruption phréatique de la nuit du 2 au 3 mai
L'augmentation d'activité amorcée le 2 mai, s'accentue brusquement au cours de la nuit qui suit. Les premières explosions accompagnées de détonations se produisent entre 23h et 1h du matin. Une épaisse colonne de fumée noire sillonnée d'éclairs s'élève au-dessus du volcan. Les cendres atteignent pour la première fois Saint-Pierre, mais aussi toute la Martinique.

Vers minuit, nos chambres étaient envahies par une poussière fine et pénétrante, qui nous aveuglait tant soit peu. nous avons vu d'épais nuages qui masquaient la montagne. Ce gros amas de nuages était tout sillonné de feux et en même temps nous entendions de forts grondements souterrains. Une véritable pluie de cendres nous aveuglait. Au Prêcheur, à la Rivière Blanche et même au Fonds-Coré, on est plus qu'incommodé. (Lettre de Félix Marsan du 3 mai 1902)

A notre réveil, nous constations le plus joli effet de neige que l'on pouvait désirer. La ville était littéralement couverte de plusieurs centimètres de cendre ; elle avait pénétré dans les appartements les plus fermés. (Lettre de Paul Borde du 3 mai 1902). Ce matin, Fort-de-France s'est réveillée avec, dans les rues, une épaisse couche de cendre grisâtre assez semblable à du ciment, que la brise du nord, qui avait soufflé toute la nuit, nous avait apportée de la Montagne Pelée. (L'Opinion du 3 mai 1902).

Ces cendres fines sont émises de façon plus ou moins intense pendant 12 heures d'affilée. Sous les alizés, leur épaisseur atteint plusieurs dizaines de centimètres et leur volume a été estimé à près de 0,1 km3. Mais cette éruption, quoique très forte, est encore d'origine phréatique. Les réactions vont de la curiosité à l'émerveillement, à une terreur complète. Les habitants du Prêcheur fuient vers Saint-Pierre. Quelques Pierrotins quittent leur ville. Ecoles, bureaux et magasins ferment. Des craintes diverses naissent comme celle d'événement similaire à celui qui détruisit Herculanum et Pompéi. Il y a aussi des sentiments de sécurité en raison de la distance qui sépare la ville du volcan.

A l'issue de cette nuit, le premier télégramme sur l'éruption de la Montagne Pelée est expédié en métropole. Le gouverneur de la Martinique, Louis Mouttet, se rend au Prêcheur le matin du 3 mai et fait mettre à la disposition des habitants du Prêcheur la caserne d'infanterie de la ville de Saint-Pierre. Le dimanche 4 mai, l'éruption se poursuit moins intensément. Une colonne de vapeurs et de cendres surplombe constamment le sommet de la montagne. Des cendres s'abattent parfois sur Saint-Pierre, mais le secteur le plus touché reste celui sous les alizés en permanence sous une pluie de cendres fines.


Jour J - 3 : le lahar de la rivière Blanche, le lundi 5 mai
Dans la nuit du 4 au 5 mai, la Rivière Blanche est en crue. En début de matinée, son débit est tel que la route entre Saint-Pierre et les communes du Nord est coupée. C'est entre midi et une heure que survient " la coulée boueuse ". Le barrage de l'Etang Sec, fragilisé par les fumerolles, les infiltrations, et les explosions, s'effondre. Une masse de boue chaude et noire chargée de blocs énormes s'abat dans la vallée de la Rivière Blanche. Trois vagues, trois lahars, se succèdent en trois minutes, à une vitesse estimée entre 120 et 160 km/h. En arrivant à la mer, elles ont entre 100 et 200 m de large sur 10 à 50 m de haut. Balayant et broyant tout sur leur passage, elles engloutissent l'usine Guérin, une rhumerie près de son embouchure, et tuent 23 personnes.

A midi 10, j'entends des cris " La montagne descend ! " Et j'entends un bruit que je ne peux comparer à rien, un bruit immense. Je regarde la montagne. Il en descendait, sous des fumées blanches, en fracas, une avalanche de matières noires, une masse énorme de plus de dix mètres de hauteur, et large d'au moins cent-cinquante mètres. Cette masse, sortant du lit de la Rivière Blanche, roulait contre l'usine. Aussitôt arrive la boue… C'est un craquement. Tout est broyé, noyé, submergé. Mon fils, sa femme, trente personnes, de gros bâtiments sont emportés par les vagues de l'avalanche. Elles se suivent dans une poussée furieuse ces vagues… Elles se suivent en tonnerre et font reculer la mer… Une chaloupe est projetée à 150 mètres et vient tuer à côté de moi un de mes contremaîtres. (Récit d'Auguste Guérin à J. Hess)

La dernière vague provoque un recul de la mer dont l'onde génère un raz-de-marée jusqu'à Saint-Pierre. Les habitants de Fonds-Coré, au Sud de la rivière affluent vers Saint-Pierre alors que de la ville, les curieux viennent voir l'usine, ou plutôt ce qu'il en reste, une cheminée émergeant d'une plaine de boue. A Saint-Pierre, les inconditionnels de la sécurité retrouvent leur calme : Le père d'Elodie Jourdain lui dit pour la rassurer : " Maintenant que ce volcan a fait sauter sa bonde, il va se calmer, ce sera comme en 1851. "

Le soir, le gouverneur Mouttet se rend au Prêcheur et réconforte les habitants, leur assurant qu'en cas de nécessité, il leur fournirait les moyens d'évacuer. Ainsi, trois jours avant l'éruption, seul le secteur sous les alizés semble véritablement menacé. Au cours de la nuit 5 au 6, l'activité du volcan se poursuit de façon plus réduite, il ne tombe pas de cendre sur Saint-Pierre, mais la montagne gronde presqu'en permanence... Suite à une coupure d'électricité, due à l'engorgement des turbines par les cendres, des mouvements de panique collective se produisent à Saint-Pierre.


Jour J - 2 : Début d'activité magmatique, le mardi 6 mai
Le matin du 6, l'activité de la Pelée change d'aspect : les émissions sont plus denses et plus sombres ; elles s'élèvent moins haut, et surtout, des paquets de lave rougeoyante sont projetés : le magma est arrivé en surface dans la caldeira de l'Etang Sec. L'activité de la Montagne Pelée devient magmatique. Le gouverneur se rend une troisième fois au Prêcheur et à Sainte-Philomène pour y faire porter des vivres ; certains profitent du bateau pour s'en aller à Saint-Pierre. Le maire de Saint-Pierre, Raymond Fouché, fait placarder une affiche dans la ville appelant ses concitoyens à la générosité et à la solidarité envers les victimes du volcan qui ont été secourus et logés en ville. Il affirme aussi que " vu les immenses vallées qui nous séparent des cratères, nous n'avons pas à craindre de danger immédiat et que la lave n'arrivera pas jusqu'à la ville. "

Par ailleurs, d'autres rivières sont en crue, celle du Prêcheur, et celles des pentes nord de la Pelée qui inondent partiellement les villages de Grand-Rivière, Macouba et Basse-Pointe. Sur la pente Est, la rivière Falaise ravage le village d'Ajoupa-Bouillon. Enfin, les deux rivières de Saint-Pierre, la rivière des Pères et la Roxelane, débordent à leur tour en fin de journée, ce 6 mai. Dans la nuit du 6 au 7 mai, ces crues se reproduisent. Au sommet, l'activité magmatique est bien visible, spectaculaire et bruyante : des projections de gerbes de feu sont observées...

Dès 4 heures, j'assiste à un vrai feu d'artifice, d'éclairs prenant les formes les plus diverses, tantôt la forme d'un croissant semblant raser la surface du cratère, tantôt en déchirures verticales le long de la colonne de fumée, tantôt entourant, comme une frange de feu, les épaisses volutes se déroulant au-dessus de la fournaise. Deux cratères rouges, vomissant le feu comme deux hauts fourneaux, se découvrent pendant une demi-heure : l'un, celui de droite, un peu au-dessus de l'autre. Je saisis distinctement quatre sortes de bruits : d'abord, les éclats de la foudre qui suivent les éclairs d'une vingtaine de secondes ; puis les détonations sourdes et puissantes du volcan qui ressemblent à plusieurs coups de canon tirés ensemble ; en troisième lieu le ronflement continuel du cratère qu'on a appelé en ville : le rugissement du lion ; enfin, comme faisant la basse de cette sinistre musique, un bruit profond de grandes eaux produit par un débordement, dépassant tout ce qu'on a jamais vu de tous les torrents qui sortent de la montagne. (Rapport de l'abbé Parel du 22 mai 1902) Les cendres continuent à tomber au Prêcheur où des maisons et des arbres commencent à s'effondrer sous le poids des cendres. Il en est de même à Grand-Rivière.


Jour J - 1 : Premières nuées ardentes le 7 mai au matin
Le 7 mai, en plus des manifestations des jours précédents qui se poursuivent, un nouveau phénomène, de faible amplitude, se produit : la première nuée ardente vers 10h30, suivie d'une autre vers 11h45. Elles sont trop faibles encore pour franchir le Morne Lénard qui semble protéger Saint-Pierre et pour atteindre la mer. L'émigration des habitants de Saint-Pierre qui peuvent se faire héberger se poursuit : la moyenne des voyageurs de la Compagnie Girard qui assure la liaison par mer entre Saint-Pierre et Fort-de-France étant passée de 80 à 300 voyageurs par jour au cours des trois derniers jours.

Le 7 mai, à 10h du matin, moins de 24 heures avant la catastrophe, le gouverneur nomme une commission pour étudier l'éruption volcanique de la Montagne Pelée. Elle est composée de MM. le lieutenant-colonel Gerbault, directeur de l'artillerie, Mirville, pharmacien major des troupes coloniales, Léonce, sous-ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Doze et Landes, professeurs de sciences naturelles au lycée de Saint-Pierre. Vers 14h, des détonations (attribuées depuis à la Soufrière de Saint-Vincent éloignée d'une centaine de kilomètres et en pleine éruption ; elle fera 1565 morts) sont entendues et suscitent une nouvelle inquiétude.

Le 7 mai, à 4h de l'après-midi, la Commission se rend à Saint-Pierre avec le gouverneur. Elle a dû se réunir sans avoir été sur le volcan et ses conclusions ont dû être communiquées à Saint-Pierre le soir même. Elles seront transmises à Fort-de-France le lendemain matin, 8 mai, entre 7h05 et 7h20, moins d'une heure avant l'éruption dévastatrice. Ses conclusions sont notamment que " la position relative des cratères et des vallées débouchant vers la mer permet d'affirmer que la sécurité de Saint-Pierre reste entière. "

La nuit du 7 au 8 mai, n'est pas calme : de très forts orages accompagnés de pluies torrentielles ajoutent leurs effets à ceux du volcan. Il est 3h1/2.. Je vous écris au milieu d'un feu d'artifice, mais quel feu !!! Figurez-vous deux orages qui se donnent la main : orage volcanique avec ses lueurs blafardes d'un bleu indécis et de toutes les formes possibles et imaginables, avec son bruit sourd et continu, mais sans une seconde d'interruption et en même temps un orage atmosphérique, avec ses éclairs brillants en zigzags et déchirant tout le ciel, puis le bruit strident de toile déchirée, qui fait trépider les maisons. Quelle quantité d'électricité qui se dégage de cette montagne. Cet orage aura été bienfaisant pour la ville, car il pleut.. (Lettre de J. Dumas de la nuit du 7 au 8 mai 1902)

Des crues dévastatrices ravagent plusieurs bourgs : Basse-Pointe, Macouba, Grand-Rivière et Le Prêcheur où 400 morts sont à déplorer : une catastrophe qui passera complètement inaperçue dans les jours suivants. Le jeudi 8 mai, jour de l'Ascension, après les pluies de la nuit, l'air est pur, la ville de Saint-Pierre est propre, lavée de ses cendres. Au lever du jour, vers 5h, le volcan est surmonté d'un panache de fumée qui s'élève à une hauteur colossale et est visible de Fort-de-France. Peu de départs de Saint-Pierre, ce matin-là : seuls 34 passagers embarquent pour Fort-de-France alors qu'ils étaient " au nombre de 400 la veille " (Lettre de Winter en septembre 1902). A l'inverse, de nombreux curieux débarquent du vapeur qui arrive de Fort-de-France. Vers 8h, un négociant est au téléphone avec un habitant de Saint-Pierre qui lui décrit les phénomènes et lui dit : si vraiment, ces manifestations extraordinaires continuent, je me déciderai à gagner Fort-de-France avec ma famille. Au moment, où il termine sa phrase...


L'éruption et ses effets
Un nuage apparaît phénoménal, gigantesque, monstrueux, doué d'une exceptionnelle rapidité d'expansion tant horizontale que verticale... Il est 8h02, une communication télégraphique entre Saint-Pierre et Fort-de-France est interrompue à ce moment : " Entendons une roulade très courte, puis plus rien... " (Procès-verbal du télégraphiste de Fort-de-France) Il est huit heures !… L'aspect de la montagne change subitement. L'on dirait qu'elle est tout en mouvement ; partout de la fumée ; des panaches par milliers s'élèvent dans les airs. Un éclair brille sur ces amas de vapeur Une seconde, deux secondes s'écoulent… Nous sommes perdus ! C'est la montagne qui s'écroule. La montagne n'existe plus ; c'est une avalanche, un énorme rideau de fumée noire, illuminé par des milliers d'éclairs, qui se précipite vers nous avec une rapidité étonnante. Le ciel est envahi et nous nous trouvons sous une voute enflammée. Un affreux grondement accompagne la marche du phénomène. C'en est fait de nous.

Mais une vive réaction se produit subitement dans l'air : un vent impétueux, une véritable bourrasque souffle du sud. Les arbres se couchent vers le sol sous l'action du vent, la marche du phénomène s'arrête à l'entrée du village [Le Carbet, au sud de Saint-Pierre], à 300 mètres de nous. (Lettre de Th. Célestin du 30 mai 1902) La nuée ardente, émulsion de matériaux solides dans un mélange de vapeur d'eau et de gaz à haute température (200-450°C), telle que l'a définie A. Lacroix, arrive directement sur Saint-Pierre en 3 minutes, à une vitesse évaluée à 180 km/h, sans avoir été arrêtée dans sa progression par le Morne Lénard. Soumise à une formidable pression au moment de sa sortie, elle occupe en quelques secondes un volume supérieur de plusieurs milliers de fois à celui qu'elle possédait à sa sortie. Elle est précédée d'une onde de choc se déplaçant à 450 km/h, bientôt suivie d'un vent de retour.

Un mouvement de la mer est aussi provoqué par l'onde de choc ou par la chute de la nuée dans la mer. C'est au Carbet que ce raz-de-marée se fait le plus sentir. Ironie du sort, Le Prêcheur est épargné par la nuée. A Saint-Pierre, la dévastation est complète : Tout au Nord, il ne reste pas trace de construction ; au Fort et dans une partie du Centre, les bâtiments sont rasés au niveau du sol ; dans le secteur Sud-Ouest, seuls les murs des maisons perpendiculaires à la nuée, sont renversés ; au Sud-Est, l'action mécanique de la nuée ne s'est pas fait sentir au-dessus d'une altitude de 150 m. Deux êtres survivent dans cet enfer, tous deux au pied du Morne Abel : le cordonnier Léon Compère et le prisonnier Louis Cyparis enfermé dans le cachot, peut-être le seul édifice à Saint-Pierre susceptible de résister à une nuée ardente de par sa situation et de par sa conception fortifiée.

En dehors de ces deux survivants et de quelques marins recueillis par l'équipage du Suchet ou échappés sur le Roddam, seul navire à avoir pu quitter la rade, la population a complètement disparu : ensevelie sous les décombres, jetée à la mer, ou incinérée dans l'incendie qui succède à la nuée ; le gouverneur et sa femme qui s'apprêtaient une nouvelle fois à aller au Prêcheur, quatre des cinq membres de la commission, et des familles entières disparaissent en quelques minutes. Alfred Lacroix a évalué à 28 000, le nombre de victimes, en faisant référence aux quelque 26 000 habitants recensés au début de 1902 à Saint-Pierre, aux 1640 personnes ayant quitté la ville du 1er au 8 mai par les vapeurs de la Compagnie Girard, aux voyageurs ayant fait le trajet en sens inverse, aux réfugiés des campagnes et des communes touchées par l'éruption arrivés avant le 8 mai et aux nombreux marins en rade.


L'éruption du 30 août, le dôme, l'aiguille... La poursuite de l'éruption...
Mais la Montagne Pelée n'a pas dit son dernier mot. Plusieurs éruptions paroxysmales se produisent les 20 et 26 mai, le 6 juin et le 9 juillet. Pour la plupart, moins violentes que celle du 8 mai, elles suivent la vallée de la Rivière Blanche. L'éruption du 20 mai, toutefois d'une violence semblable à celle du 8 mai, semble avoir produit deux nuées ardentes successives, l'une empruntant la vallée de la Rivière Blanche et l'autre se dirigeant sur Saint-Pierre et Le Carbet. Après le 8 mai, plus de 20 000 personnes sinistrées venant des villages côtiers et des pentes mêmes de la Pelée sont accueillies à Fort-de-France et dans les communes du centre et du sud de l'île.

La seconde moitié de juillet et le début août, la Montagne Pelée est tranquille. Le 5 août, le retour des réfugiés est ordonné pour la mi-août. Et le 30 août, après d'importants phénomènes précurseurs, une nuée déborde la caldeira par le flanc sud et détruit Morne Rouge, faisant encore un millier de victimes...
Parallèlement à ces nuées, entre mai et novembre 1902, un dôme de lave s'accumule dans la caldeira de l'Etang Sec. A partir de novembre 1902, une aiguille alternativement monte et s'éboule. Sa vitesse d'extrusion atteint parfois 20 m par jour. Mais elle s'écroule tout aussi vite quand une explosion la brise. Le 31 mai 1903, elle culmine à 1617 m (avant l'éruption, le Morne Lacroix culminait à 1351 m). L'essentiel de cette aiguille a été dispersée par les 58 nuées ardentes qui se sont produites entre novembre 1902 et août 1903. Le cycle éruptif va encore se poursuivre jusqu'en juin 1905.

Un nouveau cycle éruptif avec nuées ardentes et dôme débutera en août 1929 pour une durée de trois ans jusqu'en octobre 1932. La ville de Saint-Pierre, quelque peu reconstruite depuis 1902, sera évacuée. Mais, aucune nuée ardente ne l'atteindra durant ce cycle. Aujourd'hui, Saint-Pierre est une petite ville de 5 à 6 000 habitants où les ruines de 1902, toujours présentes, sont mises en valeur pour rappeler et informer les visiteurs. Le sommet de la Pelée, souvent sous les nuages, est à présent occupé par les restes des deux dômes des éruptions de 1902 et 1929, ce dernier étant aujourd'hui le nouveau point culminant du massif avec 1397 m.


Risque volcanique, en 1902 et aujourd'hui... et polémiques...
Après l'éruption, la recherche des responsabilités d'une telle catastrophe fut faite. Une polémique s'engagea, mettant en cause le gouverneur et au-delà de lui, le Ministre des Colonies et le Gouvernement en métropole. La gravité du risque volcanique aurait été sous-estimée pour maintenir la population sur place afin qu'elle puisse voter le 11 mai pour le deuxième tour des élections législatives. A cette époque, les connaissances en volcanologie sont peu développées : un volcan émet des cendres gênantes à long terme pour les êtres vivants et les récoltes ou des coulées de lave qui, tout comme les lahars, empruntent les vallées. Ceux qui empruntent la Rivière Blanche ont peu de risque d'arriver à Saint-Pierre : en effet, le Morne Lénard sur la rive gauche de la vallée est considéré comme un écran protecteur et l'embouchure de la rivière est loin, à environ 2 km du nord de la ville.

Il existe aussi des risques d'effondrements et de tremblements de terre. Mais le sommet est à plus de 6 km et la ville a résisté au séisme de 1839 qui a partiellement détruit Fort-de-France, y faisant 400 victimes. Quelques éruptions paroxysmales sont connues comme celle du Vésuve en 79 ap. J.C. qui détruisit Pompéi ou celle du Krakatau en 1883 dont le raz-de-marée fit 36 000 morts en Indonésie. Mais ces éruptions, lointaines dans le temps ou l'espace, sont peu ou mal connues et les nuées ardentes sont alors des phénomènes inconnus. Enfin, la seule éruption de la Montagne Pelée restée dans la mémoire des habitants de Saint-Pierre est l'éruption de 1851, à laquelle celle de 1902 ressemble jusqu'au 2 mai, soit six jours seulement avant le cataclysme, et qui avait laissé un sentiment de sécurité. Aussi, en 1902, si la commission avait construit une carte de risques, elle aurait vraisemblablement indiqué le secteur placé sous les alizés, entre l'Anse Céron et la vallée de la Rivière Blanche, comme étant le plus menacé par le volcan.


Polémiques.
Jean Hess, journaliste du quotidien parisien Le Journal semble être à l'origine de la polémique à partir des insinuations de Fernand Clerc, candidat martiniquais aux législatives. Par la suite, ces dires et d'autres bruits qui courent seront amplifiés, parlant de troupes pour interdire à la population de quitter la ville. A aucun moment, il n'y eut interdiction de quitter la ville à cause des élections comme on l'a dit plus tard. Le gouverneur s'est rendu à trois reprises dans le secteur le plus touché par l'éruption, faisant mettre à disposition de ceux qui voulaient partir une caserne de Saint-Pierre. Malgré la gravité de la situation, l'évacuation de ce secteur n'a jamais été envisagée. Alors comment aurait-elle pu l'être pour Saint-Pierre ?

En fait, malgré les craintes multiples et variées nées dans la population, il semble que pour les officiels et une partie des Pierrotins, la ville n'était pas vraiment menacée. Au contraire, avec ses maisons en pierre qui avaient résisté au séisme de 1839, elle semblait un solide refuge. Des troupes ont bien été appelées par le maire de Saint-Pierre, non pour empêcher les habitants de partir (plus de 1500 personnes sont parties), mais pour maintenir l'ordre en ville où la présence des réfugiés créait des troubles et pour pourvoir à l'approvisionnement de ces réfugiés. Et ces troupes qui devaient partir de Fort-de-France le matin du 8 mai à 8h., ne sont jamais arrivées à Saint-Pierre en raison de l'éruption.

Tous ont bien eu la liberté de quitter la ville s'ils le jugeaient possible et nécessaire - si certains l'ont fait, d'autres, faute de moyens notamment pour se loger ailleurs, n'ont pu que rester - mais tout comme les membres de la commission, il leur a été impossible d'en évaluer la nécessité et l'urgence.


Les Sinistrés, réfugiés en Guyane


En 1902 la Guyane accueillait les sinistrés martiniquais de l'éruption de la Pelée. Il y a plus de cent dix ans, des habitants de Saint-Pierre (Martinique), fuyant l'éruption de la montagne Pelée, se sont retrouvés dans la commune de Rémire-Montjoly, en Guyane. Accueillis par les habitants, les pionniers martiniquais se sont fondus dans la population.

En effet, il faut se souvenir que la Martinique a connu en 1902, la plus grande catastrophe naturelle de l'époque, éruption volcanique ayant durablement marqué les esprits en ce début du 20ème siècle. Le 8 mai 1902, cette terrible éruption volcanique provoquant la formation d'une nuée ardente extermine la quasi-totalité des habitants de Saint-Pierre. Les conséquences sur la vie sociale, politique et économique de la Martinique furent considérables. Il s’en est suivi une évacuation des communes du Prêcheur, du Carbet, du Morne-Rouge, de Fonds-Saint-Denis, d'Ajoupa-Bouillon, de Grand-Rivière, de Macouba, et de Basse-Pointe, laquelle provoqua l'exode de plus de 22.000 sinistrés vers Fort-de-France, Trinité et diverses communes du sud de la Martinique mais aussi vers la Guadeloupe, Sainte-Lucie, Trinidad et la Guyane également.

Environ 80 familles arrivèrent en Guyane en juillet 1902 et la colonie les installa à Rémire-Montjoly au lieu appelé aujourd'hui "Lakou mongo". Le centenaire de cette page d'histoire de Rémire-Montjoly et de Saint-Pierre a été célébré en 2002. Les martiniquais reçoivent logements, vêtements, nourriture et le matériel nécessaire pour mettre en valeur l'immense terrain en friche donné par la mairie. Chaque famille a reçu à l'époque, un hectare de terre. Les rues du bourg de Rémire-Montjoly portent les noms de ces martiniquais, des noms aujourdhui guyanais.

Cet élan de solidarité consistait à accueillir ces sinistrés sur le territoire Guyanais en vue de leur offrir des terres et donc la possibilité de s'établir durablement. Car suite à cette éruption de la montagne Pelée en 1902, de nombreux Martiniquais vinrent s’installer sur la commune de Rémire, et plus particulièrement A cette époque, les notables guyanais prévoyaient d’héberger pas moins de 900 sinistrés Martiniquais, en revanche le Gouverneur était quant à lui bien plus ambitieux, ce dernier envisageant l’accueil de 18.000 réfugiés sur la région de Kourou. Au final, 235 familles quitteront alors la Martinique en vue de s’installer durablement sur le Colonie Agricole de MontJoly en Guyane représentant un exode de 572 personnes, dont 317 firent le voyage individuellement par leurs propres moyens et 255 par un convoi organisé par le gouvernement. Bien d’autres sinistrés Martiniquais de Saint-Pierre, injustement et péjorativement surnommés « Dos Boulés », furent également accueillis sur le domaine colonial de MontJoly. À leur arrivée, c’est à la Croix Mission, disons celle de l’espérance, implantée dans ce domaine où les sinistrés furent reçus et accueillis.

De nos jours, quelques traces de ce douloureux passé sont encore présentes. On peut ainsi y voir, le Centre d'Exposition d'Arts et de Cultures "Pagaret", la première école de MontJoly rénovée avec son architecture d'origine, l'église Sainte-Thérèse, et quelques noms de rues en leurs mémoire tels que : Augustin Saint-Cyr, Jean Galot, Eugène Clamaran, rue des frères Lony, Edward Télon, Doctoré Moges, Mézin Gildon, etc..., en hommage à ces Martiniquais lesquels ont largement contribué au développement économique et social de cette commune. La Place Lakou Mango, où fût plantée par Madame Yaya, ce séculaire manguier qu'elle avait précieusement ramené de la Martinique. Enfin, il existe encore un four à pain et un puits ayant servi de lavoir, tous deux réalisés par les victimes de l'époque. Notons au passage, Michel Saint-Cyr, dont les arrières grands parents, ont été les créateurs actifs du «Hameau de MontJoly». En Guyane de nos jours, Rémire-MontJoly est désormais une commune formée par la fusion des anciens bourgs de Rémire et MontJoly qui était le nom d’un domaine de l’ancienne commune de Rémire.